fertilisation des agrumes

Introduction :

Le sec
teur des agrumes constitue une composante très importante de l’économie nationale tant en valeur qu’en volume. 

Devant l’augmentation continue du coût de production, et face à la libération des échanges commerciaux, les agrumiculteurs sont désormais amenés à rationaliser l’ensemble des facteurs de production. A l’état actuel, et suite à une concurrence accrue, la qualité des fruits représente un critère déterminant de la valeur commerciale de la production des marchés d’exportation. 
Parmi les facteurs de production, et qui affecte directement la qualité des fruits, la fertilisation revêt une importance capitale, puisqu’elle permet d’apporter les éléments nutritifs dont les agrumes ont besoin d’une part, et constitue un poste budgétaire important d’autre part. 

Cependant, il convient de signaler que chez bon nombre d’agriculteurs, les apports d’engrais se font en l’absence de toute démarche scientifique et de normes adaptées à nos conditions. Cela se traduit, soit par des apports insuffisants dont les conséquences se manifestent par des rendements loin de l’optimum, soit par des apports excessifs ce qui augmente les coûts, réduit la productivité et nuit l’environnement. 


I- Détermination des exportations des agrumes :

Les besoins en éléments fertilisants des agrumes sont définis pour assurer une croissance optimale de la culture sur un sol considéré comme normalement pourvu. 
L’analyse des différentes parties de la plante constitue une base d’information précieuse. Pour les agrumes, la détermination des exportations concerne les quantités d’éléments nutritifs contenus dans les fruits et le bois de taille. 

Tableau 1 : Exportations par les fruits de clémentinier dans le Souss (en Unités/Tonnes de fruits).

Elément
Unités/Tonne de fruit
N
1,65
P2O5
0,4
K2O
2,35



Tableau 2 : Exportations par le bois de taille du clémentinier dans le Souss en fonction de l’intensité de la taille des arbres (en Unités/Tonnes de ha).
Gestion du bois de taille
Elément
Intensité de taille
Taille forte
Taille moyenne
Taille légère
Tout enlevé
N
80
60
30
P2O5
9
6
4
K2O
60
40
25
Feuilles laissées et enfouies
N
25
15
10
P2O5
7
5
3
K2O
34
20
10
Feuilles non enfouies
N
50
30
20
P2O5
7
5
3
K2O
30
20
10


II- Données de base pour l’élaboration des plans de fumure : 


1- Analyses de sol : 
L’analyse de sol est un outil incontournable pour la détermination du plan de fertilisation et de la protection de l’environnement. Constituée de deux séries de déterminations distinctes (la granulométrie du sol et niveaux de fertilité minérale), elle permet de caractériser le sol et de connaître sa richesse en éléments nutritifs. 

Normes d’interprétations : 
La détermination des normes d’interprétation des résultats d’analyses du sol est une étape indispensable dans le processus d’élaboration des plans de fumure des cultures. 

a)Le phosphore : 
Les travaux de El Ayadi et al. 1996 se basent sur des expériences réalisées dans la SASMA ont abouti à l’établissement des abaques d’interprétations du P2O5 Olsen pour la fertilisation des agrumes. La figure 1 résume les résultats obtenus.


Figure1: abaques d’interprétation de phosphore pour la production des agrumes.[El Ayadi et al., 1996]




C’est ainsi qu’on conclu que les apports de P peuvent être supprimés s’il s’agit des sols riches ou très riches à condition de contrôler son évolution au bout de 2 à 3 ans. Cependant, des apports phosphatés sont obligatoires quand il s’agit des sols à niveau moyen en P pour les entretenir, et des sols à niveau faible à la fois pour les redresser et les entretenir. 


Le potassium 
El Ayadi et al. (1996) a proposé un système d’interprétation de l’analyse du potassium échangeable du sol sous forme d’abaques en fonction de la teneur en argile (figure 2).


Figure 2 : abaques d’interprétation de potassium pour la production des agrumes.[El Ayadi et al., 1996]

De la même façon que le phosphore, les apports potassiques sont à raisonner en fonction qu’il s’agit des sols riches ou pauvres. 
Si l’appréciation se situe dans les niveaux élevés, on s’abstient d’apporter le potassium, mais on doit contrôler l’évolution de K2O au bout de 2 à 3 ans. Quand il s’agit des sols à niveau moyen ou bien faible, on doit apporter les exportations de la culture pour le premier cas, tandis que dans le deuxième cas on doit apporter aussi bien les exportations que les quantités de redressement du sol. 


2- Analyses de feuilles : 
L’analyse foliaire sert à contrôler l’état d’approvisionnement des plantes durant la saison. Elle complète les autres moyens d’investigation et ne peut pas, à elle seule, servir à l’établissement d’un plan de fertilisation. Le prélèvement pour l’analyse foliaire se pratique normalement en Septembre pour les variétés précoces, Octobre pour les variétés demi-précoce et Novembre à Décembre pour les variétés tardives. On prélève les feuilles âgées de 7 à 8 mois sur des rameaux fructifères. On veillera à ne pas prélever de feuilles déchiquetées ou nécrosées, même partiellement, et à acheminer rapidement l’échantillon au laboratoire. 

Les teneurs en N, P, K, Ca et Mg sont déterminées couramment. D’autres éléments, en particulier les oligo-éléments tels que le bore, le manganèse, le fer et le zinc, peuvent aussi être analysés. 

Normes d’interprétations :
Pour interpréter les résultats des analyses foliaires, on utilise des valeurs de référence en provenance de la littérature et d’expériences. La SASMA a créé une base de données pour les différentes variétés Clémentine, Navel, Washington Sanguine et Maroc late. Les plages d’interprétation sont données dans le tableau 3. 

Tableau 3 : Normes d’interprétation des teneurs foliaires en N, P et K des différentes variétés.

Variété
Elément
Teneur foliaire en %
Très faible
Faible
Moyennement faible
Moyenne
Moyennement élevée
Elevée
Très élevée
Clémentine
N
< 1,00
1 – 1,6
1,6 – 2,15
2,15 – 2,55
2,55 – 3,15
3,15 – 3,60
> 3,60
P
< 0,04
0,04 – 0,07
0,07 – 0,10
0,10 – 0,12
0,12 – 0,15
0,15 – 0,18
> 0 ,18
K
< 0,40
0,4 – 0,65
0,65 – 0,90
0,90 – 1,30
1,3 – 1,7
1,70 – 2,00
> 2,00
Navel
N
< 1,00
1 – 1,5
1,50 – 2,10
2,10 – 2,50
2,5 – 3,00
3,00 – 3,55
> 3,55
P
< 0,04
0,04 – 0,06
0,06 – 0,09
0,09 – 0,11
0,11 – 0,14
0,14 – 0,16
> 0,16
K
< 0,25
0,25 – 0,45
0,45 – 0,60
0,60 – 0,85
0,85 – 1,10
1,10 – 1,30
> 1,30
W. Sanguine
N
< 1,00
0,10 – 1,50
1,50 – 2,10
2,10 – 2,40
2,40 – 3,00
3,00 – 3,50
> 3,50
P
< 0,04
0,04 – 0,06
0,06 – 0,09
0,09 – 0,11
0,11 – 0,14
0,14 – 0,16
> 0,16
K
< 0,25
0,25 – 0,40
0,40 – 0,55
0,55 – 0,75
0,75 – 1,07
1,07 – 1,20
> 1,20
Maroc late
N
< 1,00
1,00 – 1,50
1,50 – 2,00
2,00 – 2,35
2,35 – 2,90
2,90 – 3,40
> 3,40
P
< 0,04
0,04 – 0,06
0,06 – 0,09
0,09 – 0,11
0,11 – 0,14
0,14 – 0,16
> 0,16
K
< 0,17
0,17 – 0,30
0,30 – 0,45
0,45 – 0,65
0,65 – 0,85
0,85 – 1,00
> 1,00


III- Détermination des besoins en éléments fertilisants : 


1- Fertilisation azotée :
Deux cas doivent être considérés :

  • Fumure des jeunes plantations ; 
  • Fumure des plantations adultes.

1-1. La fertilisation des jeunes plantations : 
Pour les jeunes arbres, la fumure minérale est apportée en petites quantités allant de 50 g par arbre la première année jusqu’à 335 g. 

Il est conseillé, du fait de la localisation du système racinaire des jeunes plants, de placer cette fumure autour de l’arbre dans un rayon de 0,50 m la première année pour atteindre 1,60 m la cinquième année. 


Tableau 4 : Quantités des engrais recommandées pour la fertilisation azotée des jeunes plantations

Année de plantation
Apport d’azote pur en g/arbre
Quantités correspondantes d’ammonitrate à 33,5 % à apporter
en Unités / arbre

en g / arbre
1ère année
50
0,05

150
2ème année
100
0,10

300
3ème année
200
0,20

600
4ème année
300
0,30

900
5ème année
335
0,33

1000


L’emploi de l’ammonitrate (33,5 %) trouve son explication dans le fait qu’il est facilement assimilable et par conséquent son action est plus rapide. Le sulfate d’ammonium peut être utilisé surtout quand il s’agit des sols pH élevé, mais sa concentration en azote est moins importante que le précédent. 


1-2. La fertilisation des plantations adultes :
La fertilisation azotée des plantations adultes doit tenir compte de plusieurs paramètres. Il s’agit :

  • Des exportations par les fruits et le bois de taille ; 
  • Des corrections dues aux niveaux foliaires ; 
  • De la minéralisation de la matière organique ;
  • Des pertes par lessivage, la volatilisation et la dénitrification.

a. les exportations :
Pour tenir compte de la variabilité du potentiel de production, de l’intensité de la taille et du mode de gestion du bois de taille, les exportations sont évaluées par la formule suivante : 

Exportations (Unités/Ha) = tonnage potentiel x nombre d’unités/tonne fruits + Exportations par le bois de taille 


b. Les corrections foliaires
Pour que les teneurs foliaires ne constituent pas un facteur limitant de la production, elles doivent être proches de la valeur standard de référence. Dans le cas où elles sont faibles, des apports supplémentaires sont conseillés pour relever les teneurs vers la valeur standard. Dans le cas contraire, des réductions sont opérées pour les rabaisser. 

c. La minéralisation de la matière organique
La minéralisation de la matière organique, sous l’action de micro-organismes du sol, permet de libérer des quantités non négligeables en azote. 

En raison de la variabilité des niveaux de la matière organique d’une parcelle à l’autre, et des facteurs qui influent sur sa minéralisation, les quantités d’azote libérées dans le sol sont également très variables et peuvent varier de 10 à 50 Unités de N / Ha [El Ayadi et al, 1998]. 

d. Les pertes par lessivage
L’azote, élément très mobile dans le sol, peut être entraîné au-delà de la zone racinaire par les eaux des irrigations ou de pluies. Ces pertes sont d’autant plus importantes que la texture du sol est très légère et que les doses d’eau sont excessives. Dans la pratique, pour compenser les risques de lessivage, des majorations varient entre 5 et 20 % de la quantité apportée sont recommandées [El Ayadi et al, 1998]. 

e. Les pertes par volatilisation : 
La volatilisation de l’azote dépend de plusieurs facteurs. Il faut citer : 

  • Les teneurs en calcaire : plus il y a du calcaire dans le sol (cas le plus fréquent au Maroc), plus la quantité d’ammoniac volatilisée devient importante ; 
  • Les températures : la volatilisation est favorisée par les hautes températures ; 
  • La texture : dans les sols légers, la volatilisation est relativement importante en comparaison avec les sols de texture argileuse ; 
  • La forme azotée choisie ;les risques de volatilisation sont relativement élevés dans le cas de l’urée ou du sulfate d’ammonium. 
  • Le mode d’application des engrais : dans le cas de la fertigation, la volatilisation est pratiquement négligeable. 

Pour limiter les risques de volatilisation, certaines mesures doivent être prises en considération. L’agrumiculteur doit choisir la forme d’engrais azoté la plus adéquate. Utiliser de préférence l’ammonitrate (33,5 %) puisque le risque de volatilisation est faible. Aussi, l’agriculteur, doit l’apporter juste avant l’irrigation et maintenir l’humidité de sol à un niveau correct. 


f. Les pertes par dénitrification : 
Dans les sols mal aérés (cas des sols lourds, tassés et recevant des doses d’eau excessives), les nitrates du sol peuvent être transformés en N2 qui est perdu dans l’atmosphère. Dans ces conditions, les apports doivent être majorés de 5 à 10 % [El Ayadi et al, 1998]. 

g. Le fractionnement : 
Dans le but de répondre aux exigences des arbres pendant les stades où les besoins deviennent importants et de réduire les risques de lessivage, le fractionnement des apports azotés est obligatoire. Le fractionnement recommandé est consigné dans le tableau 6. 

Tableau 6 : Fractionnement de l’azote en % de dose totale annuelle

Variétés

Périodes d’apport

Avant floraison

Début nouaison

Fin de la chute physiologique
Précoces

30 %

30 %

40 %
Tardives

25 %

25 %

50 %



h. La forme d’engrais azotés : 
Le choix de la forme d’engrais est raisonné en fonction des risques de lessivage, de volatilisation et du pH du sol. Les formes recommandées sont présentées dans le tableau 7. 

Tableau 7 : Formes d’engrais recommandées selon différentes situations

Région
Avant floraison
Début nouaison
Fin de la chute physiologique
Nord
Sol à pH > 7
Sol à pH < 7

Sulfate d’ammonium (21%)
Urée (46 %)
Ammonitrate (33,5 %)
Ammonitrate (33,5 %)
Autres régions
Ammonitrate (33,5 %)
Ammonitrate (33,5 %)
Ammonitrate (33,5 %)


Dans les régions où les risques de pertes de l’azote par lessivage sont élevés, comme le Nord à cause des fortes pluies surtout pendant la première période, l’application du sulfate d’ammonium ou l’urée, selon le pH du sol, est plus raisonnée. Alors que pendant les deux autres périodes, où les risques de volatilisation deviennent importants en raison de fortes chaleurs, l’ammonitrate sera le plus propice. 


Bilan final :
A ce niveau, le bilan final (B.F.) est le suivant : 

B.F. (unités de N/ha) = Exportations – N.M.O. ± Corrections feuilles + lessivage + volatilisation + dénitrification 

2. La fertilisation phospho-potassique : 
Pour raisonner les apports phospho-potassiques, on se base essentiellement sur les résultats d’analyse de sols et de feuilles. 

a. Les exportations :
On calcule les exportations pour tenir compte du potentiel de production, de l’intensité de taille et du mode de gestion du bois de taille. 

b. Corrections dues aux teneurs du sol et de feuilles :
Les résultats d’analyse de sols et de feuilles d’une parcelle donnée sont interprétés selon les normes décrites auparavant et sont positionnés dans le tableau 8. 

Tableau 8 : Corrections sol – feuilles

Teneur sol
Teneur feuille
Très faible

Faible

Moyennement faible
Moyenne
Moyennement élevée
Elevée
Très élevée
Très faible (tf)
+

+

+
+



Faible (f)
+

+

+
+



Moyennement faible (mf)
+

+

+
+



Moyenne (m)
+

+

+
=
Moyennement élevée (me)





Elevée (e)





0
0
0
0
Très élevée (te)





0
0
0
0


+ : Apports > Exportations                              = : Apports = Exportations 
- : Apports < Exportations                              0 : Apports = 0 

Deux situations sont mises en évidence. Lorsque le niveau de fertilité du sol est jugé faible, confirmé par les analyses foliaires, il faut majorer les exportations. Dans le cas contraire, c’est-à-dire le niveau de fertilité du sol est élevé confirmés par les analyses foliaires, des réductions des apports sont opérées (allant jusqu’à 50 %), voir même les supprimer pendant un certain nombre d’années en fonction du stock disponible. 


c. Corrections dues aux immobilisations du P et de K 
Des corrections sont opérées pour tenir compte essentiellement de : 

  • La rétrogradation du phosphore ; 
  • La fixation et le lessivage pour le potassium ainsi que l’antagonisme K-Mg.

Rétrogradation du phosphore : 
C’est le passage des formes assimilables de phosphore vers des phosphates de calcium dans le cas des sols calcaires, des phosphates de fer et d’aluminium dans le cas des sols acides. 
Pour compenser cette rétrogradation, les quantités à apporter sont majorées de 10 à 60 % selon le pH et les teneurs en calcaire [El Ayadi et al, 1998]. 


Correction pour le potassium :
Notons tout d’abord que le potassium peut exister dans le sol sous 4 formes : 

  • Potassium de la solution du sol : utilisé directement par le sol. 
  • Potassium échangeable : il est retenu à la surface du complexe argilo-humique. Ce potassium est disponible aux plantes puisqu’il alimente la solution du sol. 
  • Potassium des minéraux primaires : il s’agit du potassium qui entre dans la structure de certains minéraux du sol. L’altération de ces minéraux le libère lentement dans la solution du sol. Cependant, il est risqué de compter sur cette libération pour satisfaire les besoins des arbres dans les différents types de sols. Seuls les analyses du sol permettent de quantifier le stock existant. 
  • Potassium fixé entre les feuillets d’argiles : cette fixation peut être provisoire étant donné que le potassium peut être libéré à un temps donné, ou définitive, ce qui constitue des pertes dans le sol.

Une partie du potassium apportée au sol peut donc devenir non disponible suite au pouvoir fixateur. Pour en tenir compte, on utilise la formule établie pour les sols du Maroc [Aït Houssa, 1989] : 

PF = 1,58 + 0,125 A – 0,00010 A2 
PF : pouvoir fixateur est exprimé en % du K2O apporté. A : argile est exprimé en % 


Lessivage du potassium : 
Le potassium peut être également lessivé par les eaux de pluies ou des irrigations. Ces pertes deviennent importantes surtout dans les sols légers et peu profonds. Pour en tenir compte, des majorations sont opérées en fonction de la pluviométrie, du mode d’apport de l’eau et des engrais, de la texture et du niveau de la richesse du sol en potassium. 

Antagonisme K – Mg : 
Parmi les éléments de diagnostic des cas particuliers (teneur du sol élevé et de feuilles faible), on établi le rapport K/mg. Quand ce rapport est inférieur à 0,20 [El Ayadi et al, 1993], des apports supplémentaires en potasse sont recommandés pour essayer d’atteindre l’équilibre entre les deux éléments. 

d. Fractionnement : 
Le phosphore est apporté totalement avant la floraison étant donné qu’il migre très lentement dans le sol. Pour le potassium, le fractionnement est recommandé surtout dans les sols légers, alors que dans les autres types de sol, la plus grande partie est apportée avant la floraison. 

Tableau 9 : Fractionnement du phosphore et du potassium (en % de la dose annuelle)

Mode d’apport


Moment d’apport
Avant floraison
Début nouaison
Fin de la chute physiologique
Apport direct au sol
Phosphore
Potassium :
             Sol léger
             Sol lourd

100%

40%
75%

-


40%
-

-


20%
-
Fertigation :
Phosphore
Potassium

   50%
30%

      50%
40%

               -
             30%



e. Formes d’engrais ; 
Les engrais phosphatés
Le choix de la forme d’engrais à utiliser est fonction du pH du sol et du mode d’apport. 

  • Pour un apport direct au sol : 

· pH > 7 : il est recommandé d’utiliser le super phosphate simple (18%). 
· pH<7 : le mono-ammonium phosphate (MAP : 11-55-00) est le plus adéquat. 


  • Pour un apport par fertigation : la forme recommandée est le MAP. 

Les engrais potassiques 
Le choix des engrais potassiques se fera en fonction des caractéristiques du sol. Le sulfate de potasse (48 à 50 %) est souvent utilisé. Le chlorure de potasse (60 %) n’est utilisé que dans les régions où les risques de salinité sont faibles où la texture du sol est légère avec de très fortes pluies. Quant au nitrate de potasse, il est essentiellement utilisé en pulvérisation foliaire pour améliorer le calibre des clémentines. 


A- La fertilisation des jeunes plantations : 
Pour les sols relativement pauvres en P2O5 et en K2O et souvent à tenir élevé en calcaire actif, les travaux de Loussert [1989], ont abouti aux recommandations résumées dans le tableau 9. 

Tableau 9 : Fumure phospho-potassique d’une jeune plantation d’agrumes

Age des arbres

Apports en P2O5 par arbre en g


Apports en K2O par arbre en g
Année de plantation

25

40
2ème année

50

80
3ème année

75

160
4ème année

100

240
5ème année

125

320
6ème année

150

400
7ème année

160

500



A- La fertilisation des plantations adultes : 
A partir de la 8ième année apparaissent sur les arbres d’importantes productions. Il conviendra alors d’adapter la fumure phospho-potassique à cette nouvelle situation. 
En ce qui concerne le phosphore, les apports devront en premier lieu compenser les exportations en tenant compte qu’une partie P apporté sera fixé par le sol, en particulier les sols argileux ou à niveaux élevé en calcaire. En règle générale, les apports annuels sont de l’ordre de 50 unités par hectare. 
Pour le potassium, les exportations sont nettement plus élevées (de 1,6 à 2,35 kg de K2O/ tonne de fruits). De plus, cet élément subit du lessivage quand il s’agit des sols légers et des fixations dans les argiles des sols lourds. Dans ces conditions, les recommandations des apports varient dans des proportions assez importantes. Des travaux de recherche de Loussert [1989] ont conclu que les doses d’apport varient de 150 à 180 unités par hectare [El Ayadi et al, 1998]. 

3-Les oligo-éléments : 
Même si les besoins des arbres en ces éléments sont relativement faibles, ils sont indispensables, étant donné que leur manque se traduit par une dépréciation de la production et de sa qualité en particulier. 
Au Maroc, les carences de la plupart des éléments sont souvent observées, même dans le cas de sols bien pourvus. Cela est attribué à la nature des sols marocains qui ont un ph et des concentrations en calcaire élevées rendant difficile l’absorption de ces éléments par les racines. 

Par conséquent, les apports par voie foliaire sont souvent conseillés, et ce, en se basant principalement sur les résultats d’analyse de feuilles effectuées annuellement. 

IV. Fertigation : 

Dans les domaines équipés en irrigation localisée, et connaissant les besoins en eau et en engrais, il est désormais très facile d’apporter ces derniers simultanément et d’une manière localisée dans la zone exploitée par les racines. 
En comparaison avec la fertilisation traditionnelle, l’irrigation fertilisante permet d’obtenir des résultats meilleurs aussi bien sur le plan agronomique, rendement et qualité, qu’économique. Plusieurs avantages sont liés à cette technique. Nous citons : 

  • L’optimisation des apports en évitant certaines pertes, comme la volatilisation de l’azote, le lessivage et fixation de potassium et la rétrogradation du phosphore ; 
  • L’assurance d’une distribution uniforme de l’eau et d’éléments fertilisants, ce qui permet de satisfaire les besoins de l’ensemble des plants d’une manière régulière ; 
  • La possibilité de moduler avec précision les apports en eau et éléments nutritifs, ce qui permet de répondre aux exigences de la culture pendant les différents stades.
  • La réduction de la main d’œuvre. 

1. Choix des engrais : 
Une fois les besoins en éléments nutritifs sont bien définis, ces derniers peuvent être apportés dans l’eau de l’une des façons suivantes. 

  • Les engrais liquides ou solides solubles : malgré leur facilité d’application, leur utilisation reste encore moins généralisée dans notre pays en raison de leur coût relativement élevé. 
  • Les engrais ordinaires : il s’agit des engrais habituellement utilisés en fertilisation traditionnelle. Même si leur coût est abordable, parmi les contraintes qui ont limité l’extension de leur utilisation en fertigation, a été le problème de leur solubilité.

Le choix de la forme d’engrais doit être basé sur la solubilité, la compatibilité des engrais entre eux et l’absence de réduction de pH au niveau du bulbe d’humectation à un seuil néfaste à la culture ou élévation de l’EC de l’eau d’arrosage. 
Les propriétés des engrais habituellement utilisés dans la fertigation sont données dans le tableau 10. 


Tableau 10 : solubilité des divers engrais utilisés en fertigation dans 100 litres d’eau

Engrais
Solubilité en kg / 100 l d’eau

Solubilité en unités fertilisantes
Indice de salinité
0 °C
20 °C

N
P2O5
K2O
MgO
Ammonitrate
118,3
192

64,4



105
Bicarbonate de potasse

33



15


Chlorure de potasse
27,6
34



20,4

116
Nitrate de chaux
102
122

18,3



58
Nitrate de magnésie

279

30,4


43,8

Nitrate de potasse
13,3
31,6

4

13,6

74
Nitrate de soude
73
88

14,1




Mono-ammonium Phosphate
23
37

4,4
22,2


30
Di-Ammonium Phosphate
43
66,1

11,8
31,7


34
Phosphate monopotassique
14
23


11,9
7,8


Sulfate d’ammoniaque
70,6
75

14,6



69
Sulfate de magnésie 16%
60
71





2
Sulfate de potasse
7,4
11,1



5,3
11,4
46
Urée
66,7
103,3

46,6



75



Tableau 11 : possibilités de mélange des engrais utilisés en fertigation


Sulfate d’ammoniaque
Nitrate de chaux
Nitrate de soude
Nitrate de potasse
Sulfate de potasse
Sulfate de magnésie
Sulfate d’ammoniaque
-
Non
Oui
Oui
Oui
Oui
Nitrate de chaux
Non
-
Oui
Oui
Non
Non
Nitrate de potasse
Oui
Oui
Oui
-
Oui
Oui
Sulfate de potasse
Oui
Non
Oui
Oui
-
Oui
Sulfate de magnésie
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
-
Phosphate d’ammoniaque
Oui
Non
Oui
Oui
Oui
Oui


Excepté le sulfate de potasse (la solubilité varie entre 7,4 et 11,1), la majorité des engrais présente une solubilité appréciable. 
Seul le chlorure de potasse qui a un indice de salinité élevé, ci qui limite son utilisation sur des zones non salines et dont la texture est légère facilitant ainsi le lessivage des chlorures. 

Il faut rappeler que le sulfate d’ammoniaque a le pouvoir acidifiant le plus élevé suivi du MAP. Leur utilisation nécessite une surveillance régulière de pH. 


2. Préparation de solution mère :
La solution mère peut être préparée avec un ou plusieurs engrais. Généralement, on utilise les engrais simple ou binaires présentant des taux de solubilité élevés et offrant un coût à l’hectare relativement abordable. 

Des études menées à la SASMA ont été réalisées sur l’ammonitrate le MAP et le sulfate de potasse et, l’ammonitrate le MAP et le chlorure de potasse (tableau 12) [Lekchiri 1984, Aït Houssa et Bendaha 1987]. 

Tableau 12 : pH et solubilités des mélanges testées pour la fertigation des agrumes

Mélange

Quantité d’engrais utilisée en g/l


Taux de solubilité en % dans le mélange
pH mesuré
Ammonitrate
MAP
Sulfate de potasse



60
20
50



99,4
97,2
99,0
-
Mélange

130

98,1
4,0
Ammonitrate
MAP
Chlorure de potasse



60
20
50



99,4
97,2
97,4
-
Mélange

130

97,5
4,5


A partir des résultats du tableau, on conclu que le mélange composé de l’ammonitrate, du MAP et du sulfate ou chlorure de potasse, constitue une combinaison qui offre une solubilité très élevée et qui, par conséquent, peut être utilisé pour élaborer des solutions mères pour la fertigation. 


3. Equilibre entre les éléments dans la solution mère : 
En principe, l’équilibre entre les éléments est défini à partir des besoins annuels en engrais selon la méthode de calcul utilisée. Deux manières peuvent être suivies : 

  • La première fait intervenir la formule donnant l’équilibre entre les éléments N, P et K dont la plante a besoin. Pour les agrumes, l’équilibre 1 – 0,3 – 1,2 est admis comme formule standard. 
  • La deuxième démarche fait intervenir les données des analyses périodiques, pour apprécier les besoins annuels en éléments fertilisants, moyennant l’utilisation de la méthode de bilan. Hancock [1988] propose l’utilisation des normes concernant le rapport N/K, comme suit : 

                                           -Sol à pH légèrement acide : N/K = 1 
                                           -Sol à pH basique : N/K = 0,8 
                                           -Sol riche en matière organique : N/K = 0,67 à 0,5. 


4. Quantités apportées : 
Des études réalisées dans des conditions comme celles du Maroc ont montré que pour obtenir des rendements dépassant 60 T/ha dans des vergers équipés en goutte à goutte, on doit utiliser les doses 140 à 180 kg/ha pour l’azote, 30 à 50 kg/ha pour le phosphore et 150 à 200 kg/ha pour le potassium [EL Khammas et al.]. 
Pour les jeunes plantations, on peut appliquer les doses du tableau 13 pour une densité de 555 plants/ha. 

Tableau 13 : Besoins en engrais des jeunes plants d’agrumes (en unités)

Age des plants

N

P2O5

K2O
Année de plantation

40 – 60

12 – 18

25 – 30
2ième année

70 – 80

20 – 25

40 – 70
3ième année

90 – 100

25 – 35

70 – 80
4ième année

110 – 120

35 – 45

80 – 100
5ième année

120 - 140

45

120 – 140


A partir de la 4ième année de plantation, les doses devraient tenir compte du développement des arbres, de la richesse du sol et surtout de la destination de la production, étant donné que les doses élevées en azote, se traduisent souvent par une mauvaise présentation des fruits, notamment en ce qui concerne l’épaisseur de la peau et la mauvaise coloration. 


5. Périodes d’apport : 
Elles doivent correspondre aux besoins des arbres pour assurer leur développement normal et soutenir la production. Pour les plants âgés de 1 à 2 ans, il est conseillé d’étaler les apports dans le temps pour leur permettre un bon développement. La période d’injection devrait s’étaler de Janvier-Février à Octobre – Novembre, à une fréquence d’un apport tous les mois à deux mois, selon qu’il s’agisse respectivement d’un sol de texture légère ou lourde. 

En ce qui concerne les arbres en production, les apports devraient se réaliser pendant les périodes de forte demande qui débute juste avant la floraison et atteint un maximum dès le début de la nouaison et après la chute physiologique. La répartition adoptée en pourcentage de la dose totale est donnée par le tableau 14. 

Tableau 14 : Répartition des apports d’engrais

Elément

Avant floraison

Début nouaison

Fin de chute physiologique
Azote
Orangers précoces
Orangers tardifs




30
25




30
25




40
50
Phosphore

50

50

-
Potassium

30

40

30


Pour les variétés tardives, la répartition de l’azote tient compte du phénomène de reverdissement. Pour ce qui est des apports d’été, il est plus séduisant de ne pas dépasser le mois Juillet étant donné que des apports plus tardifs risquent d’engendrer des problèmes qualitatifs sur les fruits notamment en matière d’épaisseur de la peau et de la coloration [Bielorai et al. 1984]. 


Conclusion : 

Devant l’augmentation continue du coût de production, il est devenu nécessaire d’optimiser le poste fertilisation. Pour y parvenir, il a été nécessaire d’évaluer les besoins des arbres en déterminant les normes des exportations par les récoltes et le bois de taille et en tenant compte des fournitures et des pertes au niveau du sol. 

Pour une meilleure évaluation des apports en engrais, l’élaboration des normes d’interprétation des teneurs du sol et de feuilles dans nos propres conditions s’est avérée indispensable. Ainsi, et sur la base de ces normes, il a été possible de réduire ou de supprimer les apports notamment en phosphore et en potassium dans les sols riches ou de redresser les sols pauvres dans le but d’une meilleure productivité. 

Enfin, il est conseillé de suivre régulièrement les teneurs du sol et de feuilles pour éviter tout risque d’excès ou de baisse du niveau de fertilité du sol, car il est toujours dufficile et coûteux de redresser un sol appauvri en P2O5 ou en K2O.
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